Lettre du président du MJS aux militants

Publié le par Animateur Fédéral

Paris, le 10 avril 2006

Cher(e) Camarade,

Notre camp a vaincu. Alors que les premiers sondages d’opinions étaient favorables au CPE, nous avons fait le choix de porter avec force et fierté nos valeurs. Après trois mois de mobilisation, des centaines de manifestations et autant de réunions publiques nécessaires dans les premières semaines afin de démystifier le discours cynique du gouvernement qui accompagnait l’annonce du CPE, des millions de manifestants, des centaines de milliers de tracts distribués, oui nous avons vaincu!!

Le CPE a été «!remplacé!». Dans les faits c’est une ABROGATION. Il nous faudra encore quelques semaines pour tirer toutes les leçons de cette mobilisation historique. D’ores et déjà, ce que nous pouvons dire c’est que notre force de conviction et notre détermination ont été l’étincelle de ce mouvement. Avant même l’intervention officielle de Dominique de Villepin annonçant la création du CPE, le blog stopcpe.net était créé par le Mouvement des Jeunes Socialistes. Depuis, plusieurs centaines de milliers de personnes (plusieurs dizaines de milliers de personnes chaque jour) auront eu, par le biais de cet outil, accès aux argumentaires, aux communiqués et à l’ensemble des moyens (podcast, tract téléchargeable, vidéo, flashmob…) de mobilisation que nous mettions à disposition de 19 organisations de jeunesse syndicales, associatives et politiques.

Fin janvier, notre conseil national extraordinaire rassemblant toutes les sensibilités de notre organisation ainsi que l’ensemble des énergies militantes que constituent les fédérations du MJS, décidait d’orienter toutes nos forces vers cette nécessaire «!révolte citoyenne!» de toute une génération contre un projet qui, à la précarité du quotidien ajoutait l’humiliation du licenciement sans motif.

«!Droit à l’avenir!», «!première génération à vivre moins bien que ses parents!», !contrat précarité exclusion!»…nos slogans, nos mots d’ordres sont venus peupler, les rues, les lignes éditoriales et autres plateaux télés. Nous avons été visibles, à l’aise dans les cages d’escalier comme dans les débats d’experts.

Fiers d’être socialiste, convaincus qu’il n’y avait pas de fatalité à l’action de régression de la droite, décidés à en finir avec cette époque où le commentaire apparaissait comme la seule réaction face au coup de butoir répétitif et violent d’une droite déchaînée dans une course du «!plus à droite que moi tu meurs!», nous sommes devenus acteurs d’une actualité dont nous avons fixé l’ordre du jour. Une à une nous avons fait échec aux différentes stratégies de la droite relayées par les media conciliants. Nous n’avons rien cédé, nos valeurs ont été et resteront notre seule boussole.

Si nous avons touché à un symbole, le contenu de la politique de la droite reste inchangée. La loi sur l'égalité des chances légalisant entre autres, le travail de nuit des enfants de 15 ans, le contrôle de l’autorité parentale ainsi que la fin de la scolarité obligatoire à 16 ans a été promulguée, ponctionnée de son article 8, elle demeure une des lois les plus régressives de l'histoire de la Vème République.

Des centaines de jeunes qui accomplissaient là leur premier engagement et qui étaient inconnus des service de Police ont écopé de plusieurs mois de prisons fermes payant les conséquences de la fameuse «!comparution immédiates!». Dans la plupart des cas la seule bonne foi des témoignages policiers aura suffi pour briser des vies, pour eux nous demandons qu’une amnistie présidentielle soit prononcée et vous proposerons des actions dans ce sens.

Il nous faut d'autre part rester extrêmement vigilants en ce qui concerne le dispositif de remplacement du CPE visant à l'accès des jeunes à la vie active...il ne faudrait pas que la droite puisse crier "le CPE est mort, vive le CPE". Il nous faut rester vigilants et mobilisés car une des leçons de ces dernières semaines a été qu'au sommet de l'Etat régnait un climat délétère et d'affrontement. La mission de ceux qui font mine de tenir "la cordée", Chirac, Villepin, Sarkozy, n'est plus la poursuite de l'intérêt général, mais bel et bien la poursuite d'une course kamikaze visant à l'élimination de son prochain dans la perspective de 2007. Nos institutions ne nous nous prémunissent pas de telles dérives. La crise de régime apparaît au grand jour!: la Vème République est agonisante.

Certains commentateurs s’interrogent!: la gauche va-t-elle profiter de cette vague de contestation!? Maintenant que le CPE est retiré quelles sont les propositions que la gauche peut porter!? La gauche est-elle maintenant sûr de sa victoire!? Rien n’est moins sûr. Tout dépend de nous.

Certes c’est notre camp qui l’a emporté mais une victoire syndicale n’est pas une victoire politique. Elle en crée les conditions mais ne la garantit pas. Une phase politique vient de se clore, celle qui s’ouvre nous mène tout droit aux échéances de 2007, une génération entière stigmatisée par la droite avait besoin de cette victoire pour retrouver pleine confiance dans l’action collective. C’est chose faite. À nous d’offrir et d’incarner le débouché politique.

La France a besoin d'une alternative, d’un avenir autour des valeurs de solidarité et de justice sociale. Elle l'a crié. Une alternative économique, sociale mais aussi institutionnelle. Une alternative globale. Le débouché politique de ce mouvement ça doit être nous, les socialistes.Sous d’autres formes et dans un premier temps, il faudra continuer la mobilisation contre la loi sur «!l’égalité des chances!», entamer celle qui dénoncera le caractère raciste et xénophobe de la loi sur l’immigration de Nicolas Sarkozy afin que là encor nous puissions convaincre sur nos valeurs. Puis porter l’alternative. Un jeune sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté et 4 jeunes sur 10 connaissant le chômage dès leur première année d’entrée sur le marché du travail ne sont plus des tabou, il sont devenus des enjeux de civilisation que nous avons posé et qu’il nous faut porter. Nous avons l’opportunité de faire de la question sociale le thème central des prochaines échéances, c’est sur notre terrain que nous battrons la droite et non sur le sien. Ainsi la périlleuse condition de la jeunesse dans la triste France de 2006 sera le point de départ de notre analyse pour revendiquer un droit à l'avenir.

Le 22 avril prochain, plus de mille jeunes socialistes seront rassemblés à Paris pour décliner à travers 12 propositions phares notre contribution au projet des socialistes.

Là où la droite impose une société de l’aliénation par la précarité et la répression, les jeunes socialistes lui opposeront une société de l’émancipation par la solidarité et la justice sociale. Pour les jeunes socialistes, la campagne des présidentielles commencera au soir du 22 avril, un an jour pour jour avant le premier tour.

Une génération entière est entrée ces dernières semaines en résistance citoyenne, 4000 demandes d’adhésion ont été enregistrées par notre mouvement. Il nous faudra accueillir ces nouveaux adhérents tout en étant attentif à ce que seront leurs demandes et leurs aspirations militantes. Parmi eux, certains ont à peine 15 ans d’autres à la veille de leur 29 ans accomplissent là leur premier engagement. Ils ont tous fait le choix d’être partisans.

Le secrétariat national mettra tout en oeuvre pour que rapidement tous les moyens soient mis à dispositions des fédérations afin de réaliser le plus tôt possible l’objectif des 10 000 adhérents!: nouveau site internet du MJS avec espaces fédéraux personnalisables, procédure d’adhésion simplifiée et exceptionnelle par le biais du site, campagne sur l’engagement tirée à plus d’un million d’exemplaire et disponible dès le 22 avril, campagne sur l’immigration à reprographiée, campagne portant sur les 12 propositions des jeunes socialistes et diffusée dès le dimanche 23 avril dans les rues de Paris, TDC spécial pour les chaînes d’inscription universitaire…

Les victoires de 2007 se construisent en 2006…tous dépend de nous.

Razzye Hammadi

Président du MJS

Publié dans Dossier CPE

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