Après la fantastique participation populaire au débat européen de ces derniers mois, les citoyens français et tout particulièrement les jeunes et les classes populaires se sont montrés à la hauteur des enjeux de ce référendum. C’est la forte participation des catégories de citoyens habituées à ne plus participer aux élections qui a dessiné la belle victoire du NON. Ils n’ont pas voté contre l’Europe, ils ont voté pour reprendre en main leur destin. Le 29 mai est donc un début et non une fin.
Le cri de douleur et de colère des Françaises et des Français ne peut plus être ignoré par toute la classe politique Française et Européenne. La fracture démocratique dont nous faisons le constat depuis 21 avril 2002 s’est une nouvelle fois révélée à l’occasion de ce référendum. Il est trop facile pour la gauche de considérer que seuls Chirac, Raffarin et Sarkozy sont responsables de la défaite du OUI. Bien sûr, ils sont responsables de la dégradation du climat social. Bien sûr, la droite française a affaibli la politique et la démocratie par son incapacité au dialogue et sa politique de casse sociale. Mais les Français ont d’abord répondu sur l’Europe, que ce soit sur le texte ou sur le contexte. Saluons d’ailleurs le fait que ce référendum ait donné lieu à un débat d’une ampleur jamais encore vue sur l’Europe dans toutes les couches de la société. La construction européenne actuelle porte en elle-même une part déterminante des raisons du mécontentement des Français. Parce qu’aujourd’hui, les politiques nationales sont largement et de plus en plus déterminées par les décisions prises au niveau européen et qu’il est donc désormais illusoire de vouloir distinguer une situation nationale du contexte européen. Parce qu’on ne sait pas qui décide de quoi et donc qui est responsable de quoi en Europe, parce que les citoyens y ont peu de place et qu’elle est libérale, elle est un objet politique qui suscite souvent indifférence ou rejet. L’Europe se construit dans la méfiance de ses propres citoyens et ils le ressentent. Ils ont donc dit NON à un Traité dont ils ne se sentent ni propriétaires ni responsables.
Les leçons à tirer de ce scrutin concernent d’abord l’Europe. Elle est libérale et les Français veulent la changer. Elle n’est pas assez démocratique et ils veulent se l’approprier. C’est pourquoi le MJS appelle les peuples européens, leurs gouvernements et le Parlement européen à se saisir de cette occasion pour obtenir une renégociation de ce Traité. Le MJS soutient l'ouverture d'un large débat sur le contenu du traité dans les pays devant encore s'exprimer par référendum. Aussi, le MJS France appelle ses homologues européens (dont une dizaine d’organisations de jeunes socialistes avec lesquelles le MJS France s’est déjà opposé au Traité Constitutionnel) à mener une campagne européenne dans les semaines à venir « Pour une autre Constitution »*.
Il faut désormais être ambitieux pour l’Europe afin de ressusciter l’adhésion au projet Européen. La clarification des institutions vers une Europe fédérale, la fin de l’inter gouvernementalisme qui ne permet pas de dégager d’intérêt général européen, la généralisation de la règle de la majorité qualifiée, etc.... doivent nous servir de boussole. Aussi la partie III qui traite des politiques européennes n’a rien à faire dans un texte constitutionnel et doit donc être supprimée. La mise en œuvre des coopérations renforcées doit être facilitée. Enfin, pour permettre des avancées ultérieures, les règles de révision de la constitution doivent être assouplies.
L’Europe doit également donner des perspectives sociales aux peuples Européens. La Gauche doit proposer l’adoption rapide d’un Traité Social Européen.
Le traité est rejeté, il faut que la gauche pro-européenne se rassemble afin d’engager cette bataille de la renégociation. Si l’analyse du cours de la construction européenne a pu diviser les socialistes, ils partagent tous un même engagement pour une Europe démocratique et sociale. Il faut désormais que toute la gauche se rassemble pour faire du NON une véritable victoire pour les citoyens. Le NON du 29 mai constitue un espoir pour les plus précarisés et les plus modestes, il s’agit maintenant de lui donner un avenir, qui passe par l’alternance politique en France et en Europe dans les années qui viennent.
Dès aujourd’hui, les jeunes socialistes s’engagent dans l’élaboration d’un projet de société alternatif à celui de la droite, tenant compte des aspirations des Français exprimées le 29 mai.
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